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Télescope 75

Le troisième risque : l’immobilité

Paul Arseneault, de l’Observatoire de l’intelligence artificielle, des données et du tourisme, a compté les verbes des chartes d’usage de l’IA générative que les organisations présentent fièrement : la vérification, la restriction et la déclaration y écrasent l’habilitation dans une proportion d’environ neuf contre un. Il emprunte à un billet de Marie Dollé et du psychologue Matthieu Ferry un troisième risque dont ces chartes ne parlent jamais, entre la dépendance qu’on redoute et l’autonomie qu’on idéalise : l’immobilité, ces équipes qui restent en bas d’une « marche » franchissable, faute d’un cadre assez rassurant pour oser essayer. La conformité n’est pas l’éthique, rappelle-t-il, puisqu’on ne peut pas trancher ce qui est juste de faire avec un outil qu’on n’a jamais pratiqué sérieusement. Il propose plutôt de se comporter en « base sécure », au sens de la théorie de l’attachement : un environnement encadré plutôt qu’une interdiction, qui ne ferait que déplacer l’usage vers les comptes personnels ; une règle stricte sur les données ; du temps libéré pour essayer sur de vraies tâches avec un droit à l’erreur ; et de l’accompagnement dans la durée.

La grande transmission

Dans ce numéro de son infolettre, Noémie Aubron ouvre une série sur ce qu’elle appelle les évidences du futur : ces phénomènes que le consensus scientifique tient pour acquis mais que nous n’arrivons pas à intégrer à notre propre réalité – ce qu’on appelle des « éléphants noirs ». Premier sujet : les 9 000 milliards d’euros que les baby-boomers français légueront d’ici 2040. Le dossier lui-même nous concerne un peu moins au Québec, mais la forme mérite notre attention. Six prospectivistes reçoivent la même question et produisent six scénarios distincts, chacun poussé jusqu’à une image concrète datée de 2040 : un prêt bancaire adossé à votre probabilité d’hériter, un permis culturel à obtenir avant de recevoir, une cotisation post-mortem qui finance des droits sociaux universels, un statut d’héritier numérique. L’exercice offre ainsi un bon aperçu de ce que donne la fiction prospective que l’on décline en variantes plutôt que de chercher la bonne réponse.

Vous êtes peut-être en plein bore-out

Le bore-out est un phénomène de souffrance psychologique au travail causé par un manque d’activité, de stimulation ou de sens, souvent invisible malgré ses conséquences importantes comme la fatigue émotionnelle et l’anxiété. Contrairement au burn-out, qui résulte d’une surcharge, le bore-out engendre culpabilité et malaise car les salariés craignent d’être perçus comme paresseux ou démotivés. Les causes principales sont organisationnelles : sous-charge de travail, tâches répétitives, management inadéquat et inadéquation entre compétences et missions confiées. Reconnaître ce syndrome nécessite de reconsidérer la qualité et la signification du travail, notamment dans un contexte de transformations des modes d’organisation professionnelle.


◗ Canicules, mégafeux, sécheresse extrême : plus de 15 millions de Français éco-anxieux pendant cet été apocalyptique, un record. La hausse touche surtout les niveaux moyens et forts : l’éco-anxiété sévère, elle, reste stable. Les 15-24 ans sont les plus touchés, et l’intérêt pour l’environnement augmente le risque. Le signe d’une bascule, selon le psychothérapeute Pierre-Éric Sutter : le réchauffement a cessé d’être un phénomène distant. Son conseil pour éviter la peur qui sidère : passer à l’action.

◗ Le Danemark rationne son réseau électrique et pénalise les centres de données. « Confronté à une explosion des demandes de raccordement, le Danemark va désormais réserver en priorité les capacités de son réseau électrique aux infrastructures essentielles, reléguant les grands centres de données au dernier rang. » 

◗ L’Arctique est-il en passe de devenir la nouvelle « autoroute des batteries » de la Chine vers l’Europe ? Son attrait réside dans la rapidité. La route de l’Arctique permet d’acheminer des marchandises vers l’Europe du Nord en une vingtaine de jours, contre environ 40 jours via le canal de Suez et jusqu’à 50 jours lorsque les navires sont contraints de contourner le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique.