Design fiction réalisée par Nick Foster, RDI, FRSA.

Télescope 61

Pour les passionné·es de prospective, deux occasions à saisir cette semaine :

Dernière chance : Série de classes de maître en prospective
La troisième cohorte commence mardi prochain le 27 janvier ! Il reste quelques places pour cette formation de cinq mardis (12 h à 13 h 30). Derniers jours pour vous inscrire.

Premier Midi signaux : demain, 12 h !
Notre tout premier webinaire gratuit sur les signaux faibles débarque. Rejoignez-nous pour décoder ensemble ce qui façonne nos futurs. Inscrivez-vous via LinkedIn.


Pourquoi nous avons du mal à penser à l’avenir

Nick Foster propose une taxonomie critique des façons dont on pense au futur, identifiant quatre modes dominants qui structurent notre rapport à la prospective. Le Pourrait (Could Futurism) imagine un futur de possibilités illimitées peuplé de robots humanoïdes et de villes de verre, mais reste prisonnier des tropes répétitifs de la science-fiction, traitant le futur comme un ailleurs lointain plutôt qu’une évolution du présent. Le Devrait (Should Futurism) repose sur les projections et les données, offrant une apparence de certitude rassurante, mais oublie que toute ligne pointillée sur un graphique reste une fiction numérique dans un monde volatil. Le Possiblement (Might Futurism) explore des scénarios multiples à la manière des équipes de prospective stratégique, mais se heurte à notre incapacité neurologique d’imaginer des futurs radicalement différents de notre expérience passée. Le Refus (Don’t Futurism), à travers la critique et la résistance, identifie ce qu’il faut éviter, mais peut basculer dans un pessimisme paralysant qui alimente ce que les psychologues nomment « l’apocalyptisme ambiant chez les adolescents ».

Foster conclut que la qualité de notre pensée prospective reste dangereusement faible malgré l’accélération du changement. Chacun·e tend à privilégier un seul de ces modes, produisant des visions déséquilibrées et fragiles. Il appelle à devenir des consommateur·ices plus exigeant·es du futur : interroger les certitudes du Devrait, ancrer les fantasmes du Pourrait dans le quotidien concret, questionner les limites imaginatives du Possiblement et transformer le désespoir du Refus en propositions constructives. Sinon, selon lui, nous continuerons à dériver au fil des mois et des années à venir, avançant tant bien que mal et étant perpétuellement surpris par « l’endroit » où nous nous retrouvons.

Un appel à de nouvelles histoires

Paul Jun répond à un appel récent pour une « nouvelle esthétique » du XXIe siècle en déplaçant la question : le problème n’est pas l’absence de goût ou d’imagination, mais l’absence d’un récit collectif assez puissant pour que les gens réorganisent leur vie autour de lui. Son argument central : le futur n’arrive pas comme une esthétique, mais comme une histoire suffisamment forte pour que les institutions, l’économie et les individus reconstruisent leur monde en conséquence. Les maisons modernes (mid-century modern) apparues dans les banlieues américaines des années 1960 n’ont pas émergé d’un changement de goût, mais d’une infrastructure complète qui transformait l’enseignement, le développement immobilier et la distribution commerciale du design. L’esthétique bauhaus, dont l’influence considérable en art et en architecture se ressent encore aujourd’hui, n’a pas émergé d’une seule personne, ou d’un changement de mode. C’était un mouvement de pensée complet, un véritable appel à changer de posture et à reconsidérer l’art de l’architecture différemment. 

Pour lui, l’exemple décisif reste spatial : l’appel de Kennedy (la Lune comme « nouvelle frontière ») a créé une demande massive pour les circuits intégrés, forçant l’industrie naissante à se consolider, ce qui a propulsé la Silicon Valley. L’esthétique spatiale – les cuisines-cockpits, les courbes futuristes, les objets Jetsons – n’a pas précédé ce récit, elle l’a suivi. Les formes ont accompagné le projet, pas l’inverse. L’auteur conclut que financer des artistes reste insuffisant si on ne reconstruit pas d’abord les conditions institutionnelles et narratives nécessaires à la construction d’un récit collectif : identifier une frontière claire, raconter des histoires mobilisatrices, construire les infrastructures qui rendent ces histoires matériellement possibles. Sans récit partagé qui échappe au cynisme ambiant, on se condamne à la nostalgie et au « moodboard de l’apocalypse ».

Relations parasociales et IA

Cet édito chez Usbek & RIca explore le phénomène des relations parasociales, ces liens émotionnels à sens unique que les individus entretiennent avec des personnes réelles ou fictives, désormais amplifiées par l’intelligence artificielle. Il montre comment des objets personnels ou des figures emblématiques, comme Nina Simone ou Beethoven pour Warren Ellis, deviennent des totems chargés d’une dimension sacrée, illustrant le besoin humain de connexion intime. Avec l’essor des chatbots et des compagnons IA, ces relations deviennent plus fréquentes et complexes, suscitant à la fois réconfort et risques d’isolement ou de dépendance. Face à cette évolution, l’article invite à réfléchir au choix entre une vie authentique et le vide d’interactions artificielles flatteuses mais dénuées de véritable engagement.


L’avenir n’est pas figé. Ce qui importe, c’est qui peut l’imaginer. Qui imagine notre avenir collectif ? Et quelles visions façonnent le monde que nous construisons ? Ce rapport reprend les faits saillants au sujet de l’importance de démocratiser l’imagination du futur, tels que perçus par l’équipe du Robert Wood Johnson Foundation. Le rapport fait suite à sept années de financement de praticien·nes de la prospective – artistes, organisateur·trices, travailleur·euses sociaux, leaders de la jeunesse et visionnaires – élargissant le cercle de ceux qui imaginent ce qui est possible.

Le boom des jeux de sociétés. Les téléphones nonos (dumbphones), les clubs de lecture, la marche en forêt, les cassettes audio, les lecteurs de CD, et maintenant les jeux de sociétés en France. Retour vers le futur? Ou plutôt une fuite hors des réseaux, une recherche du solide et du non numérique? Les signaux se multiplient pour la seconde option.

« Mon cerveau est maintenant programmé à la rapidité », témoignent des jeunes adeptes du speed watching. « Le “speed watching” ou “speed listening”, cette pratique, très répandue chez les jeunes, qui permet de regarder des vidéos ou d’écouter des sons en accéléré, en dit long sur notre époque. Paroles d’étudiantes sur les avantages, mais aussi les risques qu’elles entrevoient dans leur recours quasi-quotidien à cette option. »

◗ C’est surtout insolite, mais peut-être aussi un autre mini-signal des changements climatiques, alors qu’un rouge-gorge familier européen a été observé pour la première fois au Canada et qu’un martin-pêcheur d’Amérique s’est installé sur une portion du canal reliant Brest à Nantes. Dans les deux cas, c’est du jamais vu. À moins que ce soit simplement un échange culturel?


Billet de la semaine