Les journées s’allongent, et avec elles, les horizons à explorer ! La Société des demains continue de multiplier les rendez-vous pour nourrir votre réflexion prospective :
Le 24 février, le Balado des demains revient en force avec son deuxième épisode sur le futur de la santé. Incapable d’attendre ? Découvrez notre premier épisode sur Spotify ou Apple Podcast.
Le 26 février, c’est la 2e édition de Midi signaux, notre webinaire gratuit consacré aux signaux faibles, et une première occasion de rencontrer notre nouvel associé, Julien Mauroy. Trois nouveaux signaux présentés par les trois associé·es derrière la Société des demains : les discussions vont être chargées ! Inscrivez-vous via LinkedIn.
Comment remédier à une culture sans avenir
À première vue, le constat de cette recherche menée par les agences Starling et Tapestry est un peu déprimant, mais voyons-y plutôt un appel à l’action qu’à la dépression. Selon l’étude, les jeunes traversent une « culture de l’absence de futur » – un échec collectif à produire des récits crédibles et inspirants sur ce qui nous attend. Autour de 16 ans, la croyance en l’avenir chute brutalement. Les 16-24 ans sont cinq fois plus susceptibles de craindre le futur que les 12-15 ans, et plus de la moitié des jeunes disent qu’il aurait été plus facile de naître dans une génération antérieure. Cette anxiété trouve son reflet dans une culture saturée de nostalgie : les algorithmes, les contenus et même l’IA remixent le passé plutôt que d’ouvrir de nouveaux horizons. Face à ce vide, les jeunes ne capitulent pas, mais se replient. Les chercheur·euses observent une « privatisation de l’espoir » – on reste optimiste sur sa propre trajectoire, mais pessimiste sur le collectif. Le succès devient une affaire personnelle de résilience, tandis que l’imaginaire sociétal se fige.
L’article se termine toutefois sur une perspective plus constructive : les auteurs pointent trois axes d’innovation pour retrouver un rapport vivant au futur. « Notre recherche identifie trois domaines qui peuvent nous aider à renouer avec l’avenir : reconstruire des récits collectifs de progrès, créer des espaces culturels qui valorisent l’expérimentation plutôt que la nostalgie, et restaurer une responsabilité intergénérationnelle dans la capacité à imaginer ce qui vient ensuite. » Les jeunes ne demandent pas qu’on les laisse tranquilles – sept sur dix disent se sentir incompris par les générations précédentes et près des trois quarts croient que celles-ci pourraient en faire davantage pour les soutenir. Le futur ne disparaît pas de lui-même : il s’estompe quand on cesse de raconter des histoires convaincantes sur sa valeur.
Les psychologues face à l’IA
Alors qu’on parle beaucoup de l’usage croissant de l’IA par les citoyens comme support psychologique, les jeunes étant particulièrement enclins à se confier aux chatbots, cet article nous montre ce qui se passe de l’autre côté du bureau de consultation. Trois professionnels de la santé mentale racontent leurs rapports à l’IA, et le portrait qui en ressort est celui d’une adoption mesurée, pragmatique. Laurie, psychologue scolaire, l’utilise pour structurer ses ateliers collectifs tout en maintenant une frontière nette : pas d’IA dans le travail clinique. Geoffrey Post, psychiatre, a testé les assistants vocaux de prise de notes pour rester concentré sur l’écoute et va jusqu’à prescrire des prompts (commandes) à ses patients pour organiser leur quotidien. Jade, psychologue en institut médico-éducatif, incarne l’extrême prudence : usage rarissime, limité à la génération d’images éducatives. Ce qui se dégage, c’est une conscience aiguë des limites – protection des données, risque d’appauvrissement du raisonnement clinique, importance de préserver le temps de réflexion. L’IA n’est pas perçue comme une menace, mais comme un outil parmi d’autres, utilisé marginalement et dont tous peuvent se passer sans difficulté.
Une centrale solaire qui multiplie la biodiversité
Le projet solaire Gemini (qui n’a rien à voir avec Google), dans le désert du Nevada, démontre qu’il est possible de construire des infrastructures énergétiques sans dévaster les écosystèmes. La threecorner milkvetch, une plante actuellement à l’étude pour être inscrit sur la liste des espèces menacées, illustre parfaitement cette réussite : sa population sur le site est passée de 12 à 93 individus après la construction, les spécimens étant désormais plus grands et produisant davantage de fleurs et de fruits. Plutôt que d’adopter la méthode traditionnelle du blade-and-grade (couper et niveler) qui détruit la végétation et nivelle le sol, le projet a préservé les banques de graines enfouies. L’ombre des panneaux ralentit l’évaporation et rend davantage d’eau disponible aux plantes.
Cette approche, appelée écovoltaïque, peut même restaurer la biodiversité. Au Minnesota, des sites solaires construits sur d’anciennes terres agricoles ont vu le nombre d’espèces florales augmenter de sept fois et les abeilles indigènes de vingt fois. Les écovoltaïques et les agrivoltaïques, qui combinent panneaux solaires et cultures, ont le potentiel de soutenir simultanément la biodiversité, l’approvisionnement alimentaire et la production d’électricité propre. Reste que ces bénéfices ne sont pas automatiques : ils dépendent de choix de conception précis comme la hauteur des panneaux, les espèces plantées et l’abandon des méthodes destructrices.
◗ Une deuxième vie pour les bouteilles de vin. VerrAvenir, une jeune entreprise fondée par quatre étudiants de HEC Montréal, veut récupérer 400 000 bouteilles de vin vides dans les restaurants et hôtels pour les nettoyer et les revendre aux vignobles québécois. Le principe s’inspire du système déjà en place pour les bouteilles de bière brunes : plutôt que de recycler le verre – dont près de 40 % finit enfoui au Québec – on le réemploie. Une bouteille peut ainsi vivre 15 à 20 cycles avant d’être rejetée. Les restaurants et hôtels réduiraient leurs coûts de collecte, les vignobles paieraient leurs contenants 10 à 15 % moins cher que les bouteilles importées, et chaque bouteille réemployée éviterait environ 550 g de CO₂.
◗ Polytechnique Montréal retire la viande bovine de ses menus. Polytechnique Montréal a retiré le bœuf de tous ses menus de cafétéria depuis l’automne 2025 – une première en Amérique du Nord. L’empreinte carbone du bœuf atteint dix fois celle de la volaille, et ce retrait réduira de 50 % les émissions des services alimentaires et de 1 % celles de l’ensemble de l’établissement. Les burgers et poutines smoked meat cèdent la place à la volaille, au poisson et aux protéines végétales. Quelques universités européennes avaient déjà sauté le pas (Cambridge, Oxford, Lausanne), mais aucune institution nord-américaine n’était allée aussi loin. L’initiative s’inscrit dans la stratégie de carboneutralité d’ici 2050 de Polytechnique. (Via l’infolettre de Moteur de recherche, qui a aussi parlé de l’impact environnemental de la production du bœuf.)
◗ La police de Détroit installe des « ruches » de drones. Ces systèmes automatisés déploient des drones pour évaluer les scènes d’urgence avant l’arrivée des policiers, réduisant les délais d’intervention et agissant comme « multiplicateur de force », selon le chef de police. Les ruches sont fournies par Skydio, une entreprise dont les drones sont déjà actifs dans plus de 1000 départements de police aux États-Unis. À Lakewood, au Colorado, les drones arrivent premiers sur scène dans 80 % des appels et ont contribué à 115 arrestations. Le déploiement soulève des questions sur la surveillance aérienne permanente des citoyens et l’érosion progressive de la vie privée dans l’espace public – un glissement que l’article qualifie d’ironiquement dystopique pour une ville qui vient d’inaugurer une statue de RoboCop.
