Regards ethnographiques sur le futur
Question de se pratiquer un peu pour les vacances (ou de préparer une visite, si vous passez par la Suisse d’ici la fin de l’année), Fabien Girardin nous présente un survol de l’exposition « Le futur, c’est quoi ? » au Musée d’ethnographie de Genève. On y explore différentes façons de penser et représenter le futur, notamment à travers des artefacts de design fiction qui matérialisent des futurs possibles pour mieux dialoguer avec eux. Elle invite à remettre en question la vision occidentale linéaire du temps en présentant des conceptions cycliques ou même l’idée d’un futur « derrière soi », vécu par des populations ayant subi oppression et colonisation. Ces perspectives montrent que le futur n’est pas seulement devant nous, mais peut aussi être une restauration du passé ou une construction issue d’expériences historiques douloureuses. L’exposition rend hommage à la diversité des imaginaires du futur et rappelle que celui-ci se fabrique collectivement, loin d’une simple anticipation technologique. ◗ Comme la coupe du monde de foot s’amorce cette semaine, mentionnons aussi le projet de design fiction réalisé il y a quelques années par l’équipe du Near Future Laboratory, Winning Formula (image ci-dessus) était un petit journal imaginant le futur du sport qui avait été distribué, sans informations additionnelles, à travers la ville de Manchester.
Est-ce la fin de l’ubérisation ?
Dans ce billet, Hubert Guillaud résume les opinions du chercheur Antonio Aloisi, qui signe un bilan sans concession de l’économie des plateformes : après plus de dix ans de capital-risque massif et de lobbying intense, aucune plateforme collaborative (Uber, DoorDash, Lyft et autres Fiverr) ne peut se targuer d’une rentabilité durable. Selon lui, cela démontre que le véritable problème n’était pas celui du droit du travail dépassé par l’innovation, mais plutôt celui des modèles d’affaires déconnectés de la réalité. La directive européenne sur le travail de plateforme, qui pose le principe que ces travailleurs sont des salariés, ne fait que reconnaître ce que le droit disait déjà : quand on contrôle entièrement des travailleurs dit « indépendants », c’est en réalité un lien de subordination – et cela ouvre donc le droit aux protections qui l’accompagnent. Aloisi prévient toutefois que la mort de l’économie des petits boulots ne signifie pas sa disparition : ses logiques de surveillance algorithmique, de rémunération à la tâche et de transfert du risque vers les travailleur·euses ont depuis colonisé des secteurs entiers, de l’enseignement à la santé, pendant que les appels à la dérégulation – relancés en Europe sous couvert de compétitivité – risquent d’aggraver encore cette dynamique.
Du mycélium millénaire pour faire revivre des forêts
Des scientifiques de l’Ohio utilisent du mycélium prélevé dans des forêts anciennes pour restaurer des écosystèmes dégradés en associant arbres et champignons mycorhiziens. Ces champignons forment un réseau souterrain qui aide les arbres à mieux absorber l’eau et les nutriments, tout en les protégeant contre les maladies et la sécheresse. Les premières observations montrent que l’ajout de terre forestière peut ralentir la croissance de certains arbres, ce qui pourrait favoriser un enracinement plus solide et une meilleure résistance à long terme. En plus d’améliorer la santé des forêts, ces mycorhizes contribuent aussi à la séquestration du carbone dans le sol, participant ainsi à la lutte contre le changement climatique. ◗ Un peu dans le même créneau réensauvagement ou « compréhension de la nature pour se donner une chance collectivement » ; une famille de cinq castors réintroduite dans un parc de l’ouest de Londres a transformé un ancien terrain de golf en zone humide qui a mis fin aux inondations répétées de la station de métro du coin, tout en restaurant la biodiversité locale. (Photo et vidéos à l’appui.)
◗ Tours à vent et isolation en paille bio : à Rosny-sous-Bois, la mairie transforme ses écoles pour les protéger de la chaleur. Depuis 2014, le service recherche et innovation de la ville de Rosny-sous-Bois – l’une des rares municipalités françaises à disposer d’une équipe dédiée à l’adaptation climatique – a transformé sept établissements scolaires en véritables laboratoires architecturaux, combinant murs isolés à la paille biologique, tours à vent inspirées de l’architecture persane et végétation abondante pour maintenir des températures supportables sans climatisation, une approche qui a démontré sa pertinence lors de la canicule historique de mai 2026.
◗ Une dérogation pour raisons religieuses concernant l’utilisation de l’IA au travail. Une ingénieure en logiciel de Caroline du Nord a obtenu de son employeur une exemption religieuse lui permettant d’éviter l’utilisation obligatoire de l’IA au travail – un précédent qui, combiné à l’encyclique récente du pape Léon XIV sur les risques de l’IA pour la dignité humaine, pourrait ouvrir la porte à une vague de demandes similaires fondées sur le droit américain à l’accommodement religieux.
◗ Le public américain devrait détenir la moitié des grandes entreprises spécialisées dans l’IA. C’est du moins ce que propose le sénateur Bernie Sanders. Il présentera prochainement son projet de loi pour un fonds souverain consacré à l’intelligence artificielle. Ce texte permettrait au public d’acquérir une participation directe dans les plus grandes entreprises d’intelligence artificielle du pays. Le fond serait créé grâce à un impôt ponctuel de 50 %, prélevé non pas sur les bénéfices d’OpenAI, Anthropic, xAI et autres, mais financé par « quelque chose de bien plus précieux : leurs actions ».
