L’IA, quatrième « blessure narcissique » de l’humanité ? Interprété avec Midjourney.

Télescope 66

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🌷9 AVRIL 2026 🌷

👉 De 12 h à 13 h, la 3e édition de Midi-signaux, notre rendez-vous mensuel en ligne pour échanger sur le vif des implications possibles de différents signaux faibles.

👉De 17 h à 18 h, enregistrement en direct de notre 4e épisode du Balado des demains avec Sevrine Petit, conseillère Analyse prospective | Renseignement stratégique, chez Hydro-Québec, à l’idéal bar et contenu (151 rue Ontario Est, Montréal).

👉De 18 h à 20 h, soirée réseautage chaleureuse et conviviale, toujours à l’idéal bar et contenu, pour continuer les discussions !

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LLM : doivent-ils devenir un bien commun ? 

Marie Dollé aborde la question en examinant d’abord l’idée d’une prise de participation européenne dans Anthropic, créant un « moment Airbus » de l’IA. Elle en montre vite les limites: tant qu’une entreprise reste sous juridiction américaine, l’actionnariat ne garantit aucune souveraineté réelle, et migrer d’un fournisseur privé à un autre ne change pas la nature du problème. L’intérêt tient plutôt à la question que cette idée soulève : si les LLM deviennent l’infrastructure par laquelle nous accédons au savoir – une couche d’interprétation entre les individus et la masse des connaissances disponibles, comparable à ce que Foucault appelait l’« archive », cette structure qui détermine ce qu’une époque peut dire et penser – peuvent-ils rester de simples produits commerciaux ?

L’article explore ensuite plusieurs dimensions de cette question. Les biais culturels des modèles, entraînés sur des corpus majoritairement anglophones, menacent la diversité linguistique et des savoirs, ce que le MIT Technology Review nomme AI colonialism. Dollé recense des initiatives nationales, régionales et communautaires qui tentent d’y répondre, de Mistral à des projets comme Te Hiku Māori ou Projecte Aina. Elle aborde aussi l’infiltration de l’IA dans l’espace physique et géopolitique – drones biologiques, manipulation cognitive, systèmes autonomes militaires – en rappelant, en citant Paul Virilio, que chaque technologie invente son propre accident (inventer le navire, c’est inventer le naufrage; inventer l’avion, c’est inventer le crash). Sa proposition : un socle public d’infrastructure de calcul dédié aux modèles open source, où l’État garantit l’accès à la puissance brute plutôt que de financer un produit fini voué à l’obsolescence. La valeur se distribuerait ensuite dans l’écosystème – entreprises, individus – à travers des données incarnées et monétisables, dans une relation explicite plutôt que par l’extraction silencieuse de nos traces numériques.

L’IA, quatrième « blessure narcissique » de l’humanité ?

Lors d’un débat télévisé, l’auteur Alain Damasio a proposé de situer l’IA dans la lignée des grandes « blessures narcissiques » identifiées par Freud. Ces moments où l’humanité découvre qu’elle n’occupe pas la place centrale qu’elle croyait tenir: Copernic d’abord, qui a décentré la Terre de l’univers; Darwin ensuite, qui a inscrit l’humain dans la continuité du vivant; Freud lui-même enfin, qui a montré que la conscience n’est pas maîtresse en sa propre maison. L’IA constituerait la quatrième: une intelligence simulée capable de produire textes et idées au niveau des meilleurs expert·es, et qui pourrait bientôt les dépasser. Damasio l’admet sans détour, y compris dans son propre domaine créatif. Il confie avoir cessé de minimiser les capacités de l’IA, reconnaissant qu’elle a atteint un niveau qu’on ne peut plus ignorer. Il entrevoit néanmoins une posture possible: non pas la résistance par ego, mais un nouvel artisanat où l’humain demeure celui qui oriente, sélectionne et donne sens à ce que la machine produit.

La Chine autorise la commercialisation d’un implant cérébral

La Chine a autorisé la commercialisation du premier implant cérébral au monde destiné aux personnes paralysées, nommé système NEO, qui traduit les signaux du cerveau en mouvements de la main via un gant robotisé. Cet implant sans fil de la taille d’une pièce de monnaie, posé sur la membrane externe du cerveau sans pénétrer les tissus, réduit les risques liés à la chirurgie tout en offrant une grande précision. Le gouvernement chinois soutient activement cette technologie en la plaçant parmi ses priorités stratégiques et en facilitant son accès réglementaire. Bien que réservé à un profil précis de patients, ce dispositif ouvre la voie à une collecte de données en conditions réelles, ce qui pourrait accélérer les progrès dans le domaine des interfaces cerveau-ordinateur.


Face aux tensions sur les contenus, le fondateur de Mistral AI a proposé une « taxe IA » pour soutenir les créateurs. Cette contribution servirait à soutenir les créateurs et les industries culturelles en compensant l’utilisation massive de contenus protégés pour entraîner les modèles d’IA. La mesure vise aussi à offrir une sécurité juridique aux développeurs en leur permettant d’utiliser légalement les contenus disponibles en ligne, tout en incluant les acteurs étrangers pour éviter un déséquilibre concurrentiel. Face à un cadre légal encore flou, cette initiative relance le débat sur le droit d’auteur et la nécessaire conciliation entre innovation technologique et protection des œuvres.

Filmer ses tâches ménagères pour entraîner des robots, un métier d’avenir? Pour entraîner les robots humanoïdes de demain, des entreprises recrutent des travailleur·euses pour filmer leurs tâches ménagères caméra au front – vaisselle, repassage, cuisine – car l’IA physique a besoin de données gestuelles que seuls des humains peuvent produire. Derrière ce marché en pleine expansion se cache une main-d’œuvre précaire et mondialisée: à Shanghai, on répète le même geste des centaines de fois par jour; en Inde, des usines entières sont dédiées à ces enregistrements.

L’Afrique investit 2 milliards de dollars dans une technologie de surveillance chinoise controversée. Ce déploiement massif est largement financé par des banques privées chinoises dont les prêts sont conditionnels à l’achat de technologies chinoises. Il se fait dans un vide juridique inquiétant, illustré par des cas documentés de surveillance de militant·es et de journalistes au Kenya et en Ouganda.


Penser le futur pour ne pas le subir. Catherine Mathys, co-fondatrice de la Société des demains, était de passage au balado de Bruno Guglielminetti pour parler de la prospective, des futurs multiples, et pour expliquer qu’il ne faut pas se limiter au futur « probable », souvent le plus confortable, mais rarement le plus souhaitable.