La boulimie des usages
C’est maintenant bien connu mais mal chiffré, derrière chaque requête adressée à un outil d’IA générative se cache une infrastructure dont l’empreinte environnementale reste difficile à évaluer honnêtement. Une requête à ChatGPT consomme en moyenne dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google, et les projections actuelles suggèrent que les centres de données pourraient bientôt rivaliser avec la consommation électrique de pays entiers. À cela s’ajoutent des enjeux de consommation d’eau et matériels souvent cachés : la fabrication des équipements représente la majorité de l’empreinte environnementale du numérique, bien avant la phase d’utilisation.
L’intérêt ici tient surtout dans ce que l’article décrit comme un « effet rebond » qui s’apparente précisément au paradoxe de Jevons : toute amélioration de l’efficacité énergétique réduit le coût marginal d’un usage, stimule la demande et génère de nouveaux comportements jusqu’à annuler, voire dépasser, les économies initiales. L’IA générative reproduit ce schéma, avec une complication supplémentaire : elle ne se substitue pas aux outils existants, elle s’y superpose. Pour les chercheur·euses de l’Inria et de l’Ademe en France, il faudrait décider collectivement quels usages de l’IA valent vraiment leur coût énergétique – une idée que les industriels rejettent, convaincus que la pression économique finira par forcer la sobriété sans qu’on ait à la décréter. ◗ À lire également, Sasha Luccioni en entretien avec La Presse, Le sort de la planète ? Les géants de l’IA s’en moquent !
De l’Iran à la surveillance de masse : la double guerre de Palantir
Dans cet entretien accordé au Grand Continent, le journaliste Olivier Tesquet présente Palantir non pas comme une entreprise technologique parmi d’autres, mais comme une infrastructure de pouvoir à logique profondément politique. Ce qui la distingue, c’est son mécanisme de dépendance : une fois installée dans une administration, Palantir devient propriétaire de l’intelligibilité des décisions – ses systèmes s’intègrent aux procédures au point qu’on ne peut plus s’en passer. L’entreprise est aussi « métapolitique » au sens où elle ne se contente pas d’équiper l’État : elle formate son imaginaire, construisant une hégémonie culturelle autour d’une vision du monde avant même que cette vision s’impose institutionnellement. L’affaire Anthropic illustre la limite du modèle : quand Claude a été utilisé par le Pentagone pour du ciblage lors des frappes contre l’Iran, Anthropic a découvert qu’une fois embarqué dans l’infrastructure Palantir, un modèle d’IA perd la maîtrise de ses propres conditions d’usage.
« Manger l’avenir », se souvenir du passé
Pendant plus de 65 000 ans, les systèmes alimentaires autochtones en Australie étaient régénérateurs, ancrés dans le territoire et soutenus par des pratiques agricoles sophistiquées qui respectaient la terre. La colonisation a bouleversé ces systèmes, les remplaçant par une agriculture industrielle et des chaînes d’approvisionnement mondiales qui ont nui tant à l’environnement qu’à la santé humaine. Les experts consultés lors de ce panel à l’Institut royal de technologie de Melbourne (RMIT) en Australie affirment qu’un avenir durable dépend de l’intégration des savoirs autochtones ancestraux, de la lutte contre les inégalités sociales telles que l’accès aux produits frais, et de la transformation des systèmes alimentaires afin de reconnecter les populations à leur culture et à leur territoire. Comme le suggère le chef Ben Shewry, une vision porteuse d’espoir pour l’avenir pourrait consister à inverser les changements des derniers siècles en revenant aux aliments aborigènes et à leur profonde signification culturelle.
◗ Chez Meta, Mark Zuckerberg aura bientôt un clone virtuel pour parler à ses employés. « ll s’agit d’un avatar 3D photoréaliste du dirigeant, conçu pour répondre aux questions des salariés, leur fournir du feedback et instaurer une forme de proximité avec le fondateur. L’outil est entraîné sur ses mimiques, sa voix, ses prises de parole publiques et ses orientations stratégiques récentes, afin de reproduire au mieux sa manière de s’exprimer – voire de raisonner. »
◗ Il fallait s’y attendre. Un projet de loi californien obligerait les parents blogueurs à supprimer les contenus publiés par des mineurs sur les réseaux sociaux. Le parent ou tout autre membre de la famille serait tenu de supprimer ou modifier le contenu dans un délai de 10 jours ouvrables à compter de la réception de la notification. Les requérants pourraient intenter une action civile contre les personnes qui ne se conformeraient pas à cette obligation, et des dommages-intérêts forfaitaires seraient fixés à 3 000 dollars pour chaque jour où le contenu resterait en ligne.◗ Les patrons de Coca-Cola et de Walmart quittent leur poste à cause… de l’IA. Tous deux ont quitté leur poste en 2026 en citant l’accélération de l’IA comme raison principale – non pas parce que leurs entreprises performaient mal, mais parce qu’ils estiment ne plus être les mieux placés pour diriger la prochaine phase de transformation. Tout comme certaines coupes sont blâmées sur l’IA mais visent à libérer des ressources pour investir en infrastructure IA plutôt qu’à éliminer des emplois rendus caduques par ladite technologie, on peut se demander si ces PDG font une autre forme d’« IA washing » pour donner une belle figure d’innovation à leur entreprise au moment de quitter.
