Comment cultiver une imagination radicale

Télescope 69

Comment cultiver une imagination radicale

Entretien avec Rob Hopkins concernant le pouvoir de l’imagination. Sa thèse centrale : les messages de peur ont fait leur temps dans le militantisme climatique. Ce qu’il faut maintenant, c’est construire un désir collectif, une aspiration profonde vers un monde différent. Hopkins s’appuie sur l’Afrofuturisme et sur des autrices comme Ruha Benjamin, adrienne maree brown et Mariame Kaba, qui construisent depuis des décennies un désir ardent de futurs radicalement différents à travers la fiction spéculative. Le débarquement sur la Lune a été précédé d’un siècle de désir collectif bâti par les récits ; le même travail s’impose maintenant pour la décarbonisation. Don DeLillo l’a formulé dans Underworld : « le désir à grande échelle, c’est ce qui fait l’histoire. » Le Parti vert britannique de Zack Polanski, avec sa plateforme « make hope normal again », en illustre le potentiel politique : adhésions multipliées par cinq, siège arraché aux travaillistes après cent ans. Et Hopkins de conclure que s’exercer régulièrement à imaginer un futur désirable, c’est créer des « souvenirs du futur », une nostalgie pour ce qui n’est pas encore arrivé.

Pour une IA coopérative

La souveraineté technologique est trop souvent confondue avec le leadership national, construire des centres de données sur son territoire, financer des modèles « maison », sans que cela règle pour autant le problème des dépendances réelles envers des acteurs étrangers. Trebor Scholz et Mark Esposito défendent une tout autre vision : la vraie autonomie ne passe pas par une IA nationaliste, mais par des infrastructures numériques ouvertes, partagées entre nations et institutions, qui permettent ensuite à chaque communauté d’exercer un contrôle réel sur ses outils. Pour y parvenir, ils plaident pour une « pile de solidarité » (solidarity stack) – coopératives de travailleurs, fiducies de données, centres de données citoyens, modèles open source – qui reprend couche par couche le contrôle de la chaîne technologique. Des initiatives comme les coopératives numériques européennes ou le réseau AI4Coops en Argentine montrent déjà la viabilité du modèle, mais sa réussite à plus grande échelle exige une coordination entre politiques publiques, financement et gouvernance démocratique.

IA? Non merci!

Pour une rare fois, notre troisième article en vedette n’en est pas un. Une vague anti-IA monte rapidement et s’échoue dans différents domaines. Quelques exemples du ras-le-bol : Le malaise face aux technologies modernes explique le désir de la génération Z de vivre dans le passé, un grand nombre de jeunes Américain·es ont déclaré choisir de vivre dans le passé si la possibilité leur en était offerte. The Verge rapporte que, selon un sondage, plus les jeunes utilisent l’IA, plus ils la détestent. Une enquête marketing de Gartner révèle que 50 % des consommateurs préfèrent les marques qui évitent d’utiliser l’IA générative dans leurs contenus destinés au grand public. Selon Forbes, Les cols blancs se rebellent discrètement contre l’IA, 80 % d’entre eux refusant catégoriquement les consignes d’adoption (archive). Partout dans le monde, des organisations se livrent à une course effrénée pour mettre au point un label universellement reconnu pour les produits et services « créés par l’homme ». Et n’oublions pas que l’opposition locale freine le développement des centres de données dédiés à l’IA, au point ou Wall Street en tient compte.


Connaissez-vous le «micro shifting». Cette méthode permettrait une meilleure productivité et repose sur une idée simple : découper la journée de travail en séquences de 45 à 90 minutes, entrecoupées de plages personnelles, plutôt que de suivre le bloc rigide de 9h à 17h. L’attrait est réel, 65 % des employé·es aimeraient pouvoir fractionner leur temps de travail à leur guise, mais la méthode comporte une zone d’ombre : en brouillant la frontière entre temps professionnel et temps personnel, elle risque surtout de rendre la déconnexion impossible.

«J’espère que je vais perdre». Sur Polymarket et Kalshi, des milliers de parieur·euses misent sur l’ampleur des prochaines catastrophes climatiques – superficie brûlée, records de chaleur, fonte de la banquise. Le problème n’est pas seulement éthique : en présentant ouragans et vagues de chaleur comme une série d’événements isolés sur lesquels on peut « se faire un billet », ces plateformes dépolitisent les causes du dérèglement et occultent les responsabilités inégales des pays industrialisés.

Le gouvernement britannique confirme que des données de santé issues de la UK Biobank ont été mises en vente en Chine. Les données médicales des 500 000 participant·es à l’une des plus grandes bases de données biologiques au monde ont été mises en vente sur Alibaba par des chercheur·euses ayant obtenu un accès légitime à ces informations. Si elles ont été rapidement retirées et qu’aucun achat ne semble avoir eu lieu, l’incident soulève une question plus large : le risque ne vient pas toujours d’une cyberattaque, mais des failles dans la chaîne de confiance entre les institutions scientifiques et les individus qui leur confient leurs données.