Télescope

L’équipe de la Société des demains est constamment à l'affût de signaux du futur, ces bribes de possibilités et indices de changements. C’est ici, dans Télescope, que nous répertorions les signaux les plus utiles, ainsi que les tendances et conclusions que nous en dégageons. Que ce soit par l’infolettre du même nom – envoyée aux deux semaines – ou directement sur cette page, restez au courant de nos explorations.

Supercycle des technologies. AI, biotech, IoT. Créé avec Midjourney.

Le supercyle des technologies

Écrit par Catherine Mathys le 17 avril 2024

Comme chaque année depuis 17 ans, la futurologue Amy Webb, pdg du Future Today Institute, est passée à SXSW pour dévoiler son rapport annuel des tendances techno émergentes. Sa conférence est d’ailleurs l’une des plus courues du festival.

Elle a identifié 695 tendances réparties dans 16 sections. Mais elle le dit elle-même, le contexte actuel est très particulier et les tendances seules ne sont plus suffisantes pour comprendre ce qui se passe. Elle parle de notre époque comme d’un supercycle des technologies. C’est d’ailleurs le thème de son rapport 2024.

C’est quoi un supercycle?

Un « supercycle » fait référence à une période prolongée de grande demande, stimulée par des changements structurels substantiels et durables dans l’économie. Ce n’est pas un concept de son cru. En fait, ça fait référence à une transformation économique qu’on a déjà vécu à plusieurs reprises dans notre histoire récente. Mais cette fois-ci, c’est un peu différent.

Ce qu’elle indique, c’est que les avancées concomitantes de trois secteurs en particulier dans les cinq dernières années, l’intelligence artificielle, l’écosystème des objets ainsi que la biotechnologie, les ont transformées en technologies à usage général. Une technologie à usage général peut être appliquée à une multitude d’usages et de domaines différents. Pensez à l’électricité. C’est un exemple de technologie qui a transformé, refaçonné notre économie. L’adoption d’une technologie à usage général est la bougie d’allumage d’un supercycle.

La différence, cette fois-ci, c’est la convergence des trois technologies: IA, biotechnologie et écosystème des objets connectés qui progressent mais qui s’influencent les unes les autres. Cette convergence favorise ce nouveau supercycle technologique. Les supercycles du passé ont été provoqués par l’arrivée d’une seule technologie. Par exemple, l’arrivée du moteur à vapeur a donné son impulsion à la révolution industrielle. C’est habituellement assez facile à circonscrire.

Cette fois, si vous en perdez votre latin, c’est entre autres à cause de la convergence de ces 3 technologies qui ont des ramifications dans beaucoup de sphères de notre société. Le cyclone dans lequel vous avez l’impression de vous retrouver? C’est ça le supercycle des technologies. Et c’est aussi ça qui a le potentiel de transformer profondément l’expérience humaine. Nous sommes à la fois excités et terrorisés, à juste titre.

Alors on fait quoi?

Pour le moment, on ne fait pas grand chose, malheureusement. On essaye encore de comprendre. Les personnes responsables de prendre des décisions, dit-elle, semblent paralysées par une anxiété envahissante. Les changements semblent si importants que les horizons de planification raccourcissent. Toutes les décisions prennent leur source dans la peur, l’incertitude ou le doute parce que le futur nous semble si abstrait et évanescent qu’on s’accroche au peu de certitudes qu’il nous reste encore. Nous sommes, précise Amy Webb, la génération T. Le T signifie transition.

La peur, l’incertitude et le doute sont ce qui caractérise cette génération dont nous faisons tous partie, peu importe l’année de naissance. Il suffit d’être vivant en ce moment pour en faire partie. Nous sommes tous plongés dans cette ère de grande transition après laquelle le monde dans lequel nous vivrons sera fort différent de celui que nous avons connu à la naissance.

Tendances-clés

Amy Webb a parlé de plusieurs tendances mais j’en résume deux qui me semblent intéressantes.

Une tendance en IA est celle du passage du concept au concret. En ce moment, on a simplement besoin d’écrire une commande textuelle dans une plateforme comme ChatGPT et on obtient ce qu’on veut. Plus on est précis, meilleur est le résultat. Amy Webb nous prévient que ça va changer. On ne va plus écrire des directives, on va écrire des concepts pour générer des nouvelles idées assistées par l’IA. Ce n’est plus nécessaire d’être précis au départ, l’idée va se préciser en cours de route.

Autre tendance dont elle a parlé (il y en a plus de 100 juste en IA dans le rapport) c’est le l’IA non-sécurisée. Aujourd’hui, l’IA s’est développée en grande partie dans un écosystème d’entreprises privées qui protégeaient leurs systèmes tout en publiant le fruit de leurs recherches. Amy Webb dit que ce n’est plus le cas. Il se publie moins de recherches sur l’IA, dit-elle, parce qu’il y a trop d’enjeux commerciaux. Il y a donc un mouvement dans la direction opposée, c’est-à-dire des IA en code source ouvert (open source). C’est bien sauf que ces systèmes sont non-sécurisés. Vous aurez plus de contrôle sur le système sauf qu’il sera aussi beaucoup plus vulnérable. Il faut donc prévoir un grand fossé entre l’IA privée et l’IA en code source ouvert.

Ensuite, l’écosystème des objets connectés. Quelles sont les tendances dans ce domaine?

Amy Webb nous rappelle que l’IA consomme une grande quantité de données et que d’ici quelques années, on va manquer de sources de données sur le web. Les données vont devoir venir d’ailleurs et elles risquent de venir des nouveaux objets connectés qui vont se mettre à peupler nos existences.

On aura besoin de plusieurs types de données: sensorielles, visuelles, etc. Les grands modèles de langage ne seront plus suffisants. Préparez-vous pour un autre type de modèle: les grands modèles d’action. Les grands modèles de langage prédisent le mot suivant, les grands modèles d’action prédisent le geste suivant.

Et pour nourrir ces modèles, ça va prendre d’autres types de données. Elles viendront de la constellation de montres connectées, des voitures connectées, des frigos connectés, etc. En fait, on va voir une explosion d’objets connectés en tous genres, plus étranges les uns que les autres, jusqu’à ce qu’on atteigne une certaine normalisation de la chose.

Et en biotechnologie, on se dirige où?

Peut-être que vous n’en avez pas entendu parler autant que l’IA mais l’année 2023 a été une très grosse année pour la biotechnologie. On pourrait penser que la biotechnologie n’a pas grand chose à voir avec l’IA ou les objets connectés. Et pourtant. Amy Webb a expliqué que la biologie permet de traiter des informations d’une manière bien différente du silicium.

Début mars, un nouveau modèle d’IA qui s’appelle Evo a été lancé. Le modèle utilise le langage de la biologie, ADN, protéines, etc. Pensez à un ChatGPT mais pour des organismes. L’IA générative vous faisait peur? Imaginez la biologie générative.

Et je termine sur une note positive, après l’IA, Amy Webb dit qu’il y aura aussi l’IO: intelligence organoïde. Un organoïde est une version simplifiée d’un organe. L’intelligence organoïde permet de traiter l’information au-delà des systèmes basés sur le silicium. La pénurie de puces pourrait ne plus être un problème. Bienvenue dans l’ère des bio-ordinateurs qui fonctionnent à partir de cellules vivantes. Ce n’est pas pour demain matin mais ça s’en vient.


L’infolettre de cette semaine

Photo par Bryan Goff sur Unsplash.

Télescope 20

Écrit par La Société des demains le 3 avril 2024

Pourquoi est-il essentiel d’établir une relation saine avec l’avenir?

Excellent article par Jessica Clark, où elle souligne l’importance de développer une relation saine avec l’avenir, en insistant sur la nécessité de prendre en compte un large éventail de perspectives, de mettre en place des garde-fous pour s’assurer de réfléchir aux conséquences et d’étendre ses méthodes au-delà des approches futuristes traditionnelles. Il faut également élargir son cercle de recherche pour inclure une diversité de voix, et considérer les implications de nos réflexions. Clark souligne l’importance d’encourager l’espoir, et met l’accent sur la valeur de la prospective en tant que compétence essentielle pour naviguer les complexités du 21e siècle.

Révolution numérique: jusqu’où doit-on s’inquiéter?

Bon dossier dans Le Nouvel Obs, Sommes-nous devenus plus bêtes? On commence, dans l’édito, par un rapide état des lieux qui place plutôt bien le problème: « Dominée par des quasi-monopoles qui monétisent notre attention, l’économie numérique mondialisée se joue des États-nations. Elle constitue un danger majeur pour les démocraties qui doivent plus que jamais se liguer pour la réguler. Car en favorisant l’avènement d’une société horizontale, archipelisée en communautés virtuelles refermées sur elles-mêmes, elle affaiblit les solidarités, les partis et les corps intermédiaires. »

L’IA peut bâtir un avenir urbain plus radieux

Les outils basés sur l’IA peuvent améliorer la vie en ville et la planification urbaine, mais il y a des risques importants à prendre en compte. Par exemple, le projet Green Light de Google qui montre les avantages et les inconvénients potentiels de l’IA dans les villes en réduisant la congestion et en … oubliant les piétons et les cyclistes. L’auteur donne aussi d’autres cas plus probants, comme la firme montréalaise CANN Forecast qui utilise l’IA afin de prédire les bris d’égouts et d’aqueducs, ainsi que la contamination des plages.


◗ Règle générale, les familles royales représentent le passé plutôt que l’avenir. Tout de même, dans ce cas-ci les Windsor étaient aux avant postes des dernières avancées technologiques. Cet article explique comment une photo de Kate Middleton avec ses enfants a suscité des théories du complot et soulevé des inquiétudes quant à la manipulation des images à l’ère numérique. L’IA générative produit une distorsion de la réalité partagée et cette évolution du paysage des médias synthétiques entraîne des problèmes pour discerner le vrai du faux, ce qui mène à un sentiment omniprésent de désorientation et de suspicion parmi le public.

◗ Des bio-ingénieurs de l’université UCLA ont inventé un dispositif fin et flexible qui adhère au cou et traduit les mouvements musculaires du larynx en paroles audibles. L’appareil est entraîné à reconnaître quels mouvements musculaires correspondent à quels mots. Cette technologie pourrait servir d’outil non invasif pour les personnes qui ont perdu la capacité de parler en raison de problèmes de cordes vocales.

◗ C’est le printemps, tout petit spécial vélo pour l’occasion. Chez Unpointcinq, 10 raisons de vous convertir au vélo à assistance électrique et comment rêver d’un monde meilleur… à deux roues. « De la Côte-D’Ivoire au Vietnam, en passant par l’Inde et la Nouvelle-Zélande, le professeur Philippe Apparicio a roulé des milliers de kilomètres pour recueillir des données sur la pratique du vélo urbain. » Finalement, I Visited the Best* City in North America, un documentaire de 51 minutes où le Youtubeur Not Just Bikes offre un survol très honnête et détaillé de l’état du vélo à Montréal.

Murale « Stay Funky » à Austin, Texas. Site de SXSW.

SXSW en un clin d’oeil

Écrit par Catherine Mathys le 20 mars 2024

La 38e édition du Festival SXSW qui se tient chaque année à Austin au Texas vient de prendre fin. Dès la première journée, l’événement semblait avoir repris sa pleine vigueur pré-pandémique. Les chiffres de 2024 ne sont pas encore connus mais le tourbillon de conférences, ateliers, présentations, avait attiré près de 350 000 personnes d’une centaine de pays l’an dernier. Avant la Covid, c’est plus de 415 000 personnes qui étaient attendues dans la 4e ville en importance du Texas. Cette année, les foules et interminables files d’attente indiquent qu’on devrait s’approcher des chiffres des beaux jours.

Austin elle-même semble transformée depuis l’année dernière. Les gratte-ciels en construction se sont multipliés au centre-ville. La coquette rue Rainey a troqué plusieurs de ses jolis bars et boutiques pour de grandes tours en devenir.La ville n’a jamais caché ses ambitions: devenir un des épicentres des technologies aux États-Unis. On surnomme d’ailleurs la région les Silicon Hills, en rappel bien sûr à la Silicon Valley plus à l’ouest. Plusieurs grandes entreprises y ont établi leur maison-mère ou des bureaux régionaux dont Apple, Amazon, et SpaceX qui vient tout juste de s’installer près d’Austin.

Le Festival a donc grandi avec sa ville pour prendre des proportions gargantuesques en présentant des centaines de conférences, panels, présentations réparties dans 24 thématiques allant de la publicité, au design en passant par l’énergie et le travail. Mais vous l’aurez deviné, l’intelligence artificielle s’est rapidement imposée comme le fil rouge perceptible à travers la plupart des catégories. Cela dit, ce n’est pas toujours ce qui a retenu mon attention. Voici quelques faits saillants qui y sont parvenus.

Le supercycle de technologies

Amy Webb du Future Today Institute a présenté son 17e rapport annuel sur les tendances en matière de technologie. Elle décrit les avancées majeures des dernières années dans les domaines de l’IA, des objets connectés et de la biotechnologie comme étant les plus marquantes mais c’est plutôt la convergence de ces trois domaines qui l’intéresse. C’est ce qu’elle appelle un supercycle de technologies, c’est-à-dire un moment de grande demande et de prix démesurés qui marque un moment de transformation de notre système économique.

Selon Amy Webb, dans ce supercycle, les progrès d’un des trois domaines mentionnés ont une influence directe sur les autres technologies qu’elles soient au sport, à l’aérospatiale, aux affaires, etc. C’est pour cette raison qu’elle affirme que l’intensité de la vague de changements à venir va bel et bien changer le visage de notre société. Nous le sentons tous.

Et pourtant, dit-elle, les personnes responsables de prendre des décisions semblent paralysées par une anxiété envahissante. Les changements semblent si importants que les horizons de planification raccourcissent. Toutes les décisions prennent leur source dans la peur, l’incertitude ou le doute car le futur semble abstrait. Nous sommes, précise Amy Webb, la génération T pour transition.

Cette génération, bien que bouleversée par les transformations en cours, peut et doit se retrouver pour construire la suite de l’histoire. Mme Webb indique que  la prospective peut aider à envisager le futur et créer la résilience corporative nécessaire pour passer à travers la tempête.

Le futur du travail

La session de Ian Beacraft portait sur le futur du travail. D’entrée de jeu, il a annoncé qu’on allait faire exploser certaines choses, sans donner de précision. La suite lui a donné raison. Dans quelques années, a-t-il expliqué, on parlera de l’IA comme on parle du numérique. L’IA ne sera plus un avantage compétitif, elle sera tout simplement là, faisant partie de l’écosystème du travail.

Les humains ont de la difficulté à envisager et s’adapter aux changements exponentiels de notre époque.Notre pensée linéaire ne comprend pas cette soudaine accélération. Selon Beacraft, d’ici 2050, nous aurons vécu 100 ans de progrès au rythme des transformations technologiques d’aujourd’hui.

C’est là que la loi de Martec frappe les organisations de plein fouet. Cette loi rappelle que la technologie évolue à un rythme que les entreprises ne peuvent tout simplement pas suivre. Alors comment mener des organisations à évolution lente dans un contexte technologique rapide ? Les modèles d’IA que l’on connaît actuellement vont grandement s’améliorer, potentiellement de 5 à 10 fois meilleurs d’année en année.

Nous avons donc besoin de repenser la manière dont nous organisons le travail. Comme le dit si bien Rishad Tobaccowala, le futur ne rentre plus dans les contenants du passé. Nos mesures de succès ne sont plus adaptées au contexte actuel. Ce n’est pas l’IA qu’il faut craindre, nous dit Beacraft, mais notre acharnement à préserver de vieux systèmes. Le futur du travail implique une réorganisation complète des habiletés humaines. L’ère des spécialistes tire à sa fin. Les généralistes pourront mettre leurs compétences au service de toutes les équipes d’une entreprise. L’exécution deviendra moins importante au profit de l’orchestration des ressources à notre disposition pour accomplir la tâche. Le travail sera basé sur des projets, pas des fonctions dans l’entreprise.

L’informatique spatiale

Plusieurs sessions ont positionné l’informatique spatiale (spatial computing) comme l’un des concepts les plus importants des prochaines années. C’était le cas de Neil Redding. Le concept regroupe l’ensemble des méthodes qui permettent de mêler le réel et le virtuel. C’est probablement la sortie récente du Apple Vision Pro qui a généré beaucoup d’intérêt autour de l’idée à SXSW mais Redding indique que l’idée est beaucoup plus vaste qu’un simple casque.

L’élément qui manque souvent quand on mêle le virtuel au réel à travers un casque, c’est être ensemble. Quand nous sommes les seuls à voir les objets virtuels autour de nous, nous ne partageons pas la même réalité. L’informatique spatiale permet d’interagir avec notre environnement et ceux qui nous entourent. Notre regard sélectionne des options, nos mains bougent des objets qui n’existent pas, il s’agit d’une nouvelle gymnastique à laquelle nous n’avons pas été habitués. Mais qui pourrait devenir naturelle, selon Redding.

Redding pense qu’à terme, l’informatique spatiale et l’IA pourraient générer de nouveaux environnements à partir de nos interactions. Il appelle ça le “behaviorGPT”. Au lieu d’utiliser des commandes textuelles comme avec ChatGPT, nous utiliserions notre corps pour générer du contenu virtuel. Selon lui, c’est une nouvelle manière de co-créer nos réalités partagées qui s’offre à nous.

Ce n’est qu’un bref survol d’une semaine foisonnante de découvertes, de rencontres, d’expérimentations avec des prototypes. SXSW tient encore et toujours ses promesses de nous surprendre, entourés de centaines de milliers de festivaliers qui ont envie de construire la suite ensemble. Le futur est résolument un mouvement collectif.


L’infolettre de cette semaine

VR Smurf, Giu Vicente sur Unsplash.

Télescope 19

Écrit par La Société des demains le 20 mars 2024

L’entreprise qui vient

Beau projet porté par l’Université de la Pluralité. De 2020 à 2023, 140 personnes issues de 40 entreprises, aidées d’autres organisations, de chercheuses et chercheurs ainsi que de cinq écrivains et écrivaines, ont inventé 12 entreprises fictionnelles de 2050. L’objectif: imaginer comment la nature même des compagnies pourrait se transformer dans un futur marqué par le changement climatique, la récurrence des crises, la transformation des attentes des collaborateurs et même de la société au grand complet. L’équipe en a ensuite extrait dix « archétypes » des organisations du futur.

Interdiction de TikTok aux États-Unis, le Canada suivra-t-il?

Les législateurs américains envisagent d’interdire la plateforme de médias sociaux TikTok en invoquant des raisons de sécurité nationale. La proposition d’interdiction a suscité un regain d’intérêt pour TikTok au Canada, où l’application a été retirée des appareils fournis par le gouvernement l’année dernière. Bien qu’il n’y ait pas beaucoup d’intérêt pour une interdiction généralisée au Canada, des experts suggèrent que le pays est susceptible de suivre l’exemple des États-Unis. Toutefois, une interdiction de TikTok au Canada ne résoudrait pas la question du traitement des données des utilisateurs par les entreprises. Pour certains, la question plus générale de la sécurité des données est bien plus importante et plus urgente que celle de TikTok.

Nos enfants, le téléphone et le virtuel

Chronique de Patrick Lagacé, basée sur un article de Jonathan Haidt où il démontre qu’il est urgent d’éloigner les téléphones de l’enfance. Il se penche sur les effets de l’utilisation excessive des téléphones intelligents sur le développement des enfants et des adolescents. Suite à une période de quelques décennies où les parents ont laissé leurs enfants de moins en moins libres, l’ère numérique a ensuite fini de bousiller la façon dont leur cerveau se développe, les rendant plus sédentaires, solitaires et virtuels, ce qui est incompatible avec un développement sain. Mentionnons tout de même que tous les experts ne s’accordent pas sur la gravité des impacts.


◗ Connaissez-vous la discipline de l’étude critique de l’avenir? Elle se concentre sur la remise en question et l’analyse des images existantes de l’avenir pour comprendre ce qu’elles révèlent de nos peurs, de nos espoirs et de nos valeurs actuelles. Par exemple, sur quelles anciennes visions du futur sont basés les projets de métavers, de l’IA, ou encore le design du iPad?

◗ Au Mali, un projet d’IA qui favorise l’utilisation des langues locales pour remplacer le français dans les écoles. RobotsMali utilise ChatGPT, Google Translate et d’autres outils d’intelligence artificielle dans l’espoir d’aider les jeunes élèves à apprendre plus rapidement et à rester à l’école.

◗ Chez Unpointcinq, un dossier en neuf parties pour parler de détox vestimentaire. L’industrie de la mode à un impact environnemental désastreux et des pratiques sociales néfastes, apprendre à réduire sa consommation de vêtements, particulièrement de fast fashion, génère moins de pollution et peut permettre des économies appréciables. Aussi: Shein détruit la filière textile française sans créer un seul emploi.


L’éditorial cette semaine

L’acceptabilité sociale des voix de synthèse

Écrit par Marianne Richard le 6 mars 2024

Le 1er février dernier a eu lieu la 4e édition des Rendez-vous RC OHdio, une journée de conférences et d’échanges portant sur la baladodiffusion présentée par Radio-Canada. La première conférence de la journée, intitulée « Intelligence artificielle : perspective en audio », a rapidement donné le ton : les développements en traitement automatique du langage naturel (natural language processing ou NLP) annoncent des incidences majeures sur cette industrie.

Au-delà de la prouesse technique inhérente à la capacité de synthétiser la voix d’un individu en se basant seulement sur quelques minutes d’enregistrement, l’acceptabilité sociale de cette technologie qualifiée d’hypertrucage est loin d’être gagnée.

Les utilisations malveillantes liées à ces avancées sont assurément responsables d’une partie des appréhensions des publics; pensons aux fraudes de mars 2023, où des aînés de Terre-Neuve avaient été victimes d’appels frauduleux, la voix synthétisée de leurs petits-enfants les implorant de les aider. Plus récemment, c’est l’image et la voix de la journaliste Anne-Marie Dussault qui ont été détournées afin de promouvoir des sites de jeux de hasard. On peut facilement imaginer combien il peut être effrayant de ne plus pouvoir se fier à ce que l’on entend.

Malgré ces dérives, de plus en plus d’initiatives se développent en lien avec le NLP dans des optiques didactiques ou d’accessibilité. Prenons par exemple l’appel de Charles de Gaulle du 18 juin 1940, qui n’avait pas été enregistré à l’époque, mais a été entièrement reconstitué par le journal Le Monde. Pour sa part, Spotify annonçait en septembre dernier la mise sur pied d’un outil pilote visant à automatiser la traduction de balados pour les rendre disponibles dans plusieurs langues dans la voix de l’hôte original, alors que les plus récents iPhone de Apple sont dotés d’une nouvelle fonctionnalité de synthétisation de la voix, le Personal Voice, afin d’outiller les personnes présentant des difficultés d’élocution ou une dégénérescence du langage.

Ce genre d’initiatives pourrait-il apaiser les peurs des publics, et ainsi accélérer une adoption plus généralisée? Est-ce qu’il y a d’autres facteurs qui pourraient apaiser les craintes liées aux usages des voix synthétiques? Il semble que ce soit le cas: à l’instar de l’exemple de Charles de Gaulles précédemment cité, où les voix synthétiques appartiennent à des personnes décédées, les appréhensions semblent moindres. Par exemple, l’émission de radio Gott Forever de Radio Prague Internationale, utilisant la voix du chanteur décédé en 2019 Karel Gott, est la pièce littéraire et dramatique la plus écoutée dans l’histoire de la Radio tchèque.

L’idée d’être exposé à des voix de personnes décédées semble être moins confrontante pour certaines personnes. Les auditeurs, sachant que Gott est décédé, ont peut-être le sentiment qu’on ne trahit pas leur confiance; qu’on ne ‘’vole’’ pas le travail de personne et que les propos exprimés, même en utilisant la voix de Gott, ne sauraient lui être directement attribués (quoique toujours soumis à des restrictions de droit d’auteur, la famille ayant souvent un droit de regard comme dans le cas du retour de Gaston Lagaffe)! Peut-être de cette façon, l’écoute de l’émission a une nature beaucoup plus éducative, accessible pour les publics, qui au passage retrouve une personnalité aimée et disparue, et il devient plus difficile d’en questionner la moralité.

Lorsqu’appliquée à des personnes vivantes, qui pourraient être affectées ou pénalisées par cette “imitation de synthèse”, la pilule est plus difficile à avaler. Les externalités positives, comme l’accessibilité ou la traduction évoquées plus haut, semblent difficilement surpasser le malaise d’être berné, d’être confronté à une fausse affirmation prononcée par une voix connue.

Comment maintenir un tissu de confiance social et éviter une méfiance généralisée face aux contenus générés avec ces nouvelles technologies? Il n’y a pas de réponse facile, mais cela passe assurément par une meilleure littératie collective. Comprendre ce qu’une IA peut et ne peut pas faire, valider la source des propos émis et être sensible aux dérives possibles afin de mieux les éviter ne peuvent qu’être bénéfiques, autant pour les auditeur.trices que les créateur.trices.

Comme l’intervenant à la conférence de la journée RC Ohdio, Gilles Boulianne, chercheur au CRIM, l’a souligné, les avancées dans ce domaine sont exponentielles. Les résultats obtenus à travers le NPL aujourd’hui sont à des années lumières de ce qui sera possible dans quelques années, si ce n’est dans quelques mois. Plus rapides, plus convaincantes et plus accessibles : les voix synthétisées pourraient devenir le pilier de la prochaine génération de contenus audio, mais seulement si les publics acceptent de se prêter au jeu.


L’infolettre de cette semaine

« Voix synthétiques du passé. » Image générée avec Midjourney.

Télescope 18

Écrit par La Société des demains le 6 mars 2024

L’état de la culture en 2024

Diagnostic assez sombre de la part de Ted Gioia au sujet de la culture en 2024. Il souligne l’émergence d’une culture post-divertissement et l’essor de plateformes de contenus courts et addictifs qui remodèlent l’économie créative. Il explique comment les plateformes technologiques alimentent une culture axée sur la dopamine, entraînant des comportements de type addictif et des effets négatifs sur la santé mentale. Gioia met en garde contre les dangers de ce nouveau paysage culturel, où l’activité compulsive remplace les formes traditionnelles de culture et de divertissement, affectant finalement la société à grande échelle. À remarquer particulièrement; son visuel représentant plusieurs formes de cultures et leur transition, de la « culture traditionnelle lente » à la « culture moderne rapide », puis à la « culture de la dopamine ».

« La Tech militarise nos démocraties »

Dans cet entretien, Asma Mhalla, politologue et spécialiste des enjeux géopolitiques de la tech, met en garde contre la militarisation des démocraties par la technologie. Elle souligne que les technologies sont portées par des acteurs aux agendas idéologiques, entraînant des batailles culturelles sous-jacentes. Mhalla appelle à repolitiser les enjeux technologiques et à comprendre que la tech est avant tout politique, et met en lumière les défis posés par l’hyperpersonnalisation de masse et l’hypervitesse induite par les technologies. Si l’usage répété des mots « guerre » et «militarisation » nous paraît un peu surfaite, l’analyse de fond de l’auteure est plutôt juste et importante à considérer.

L’informatique spatialisée, le métavers, les termes oubliés et les idées renouvelées

Matthew Ball traite de l’évolution de la terminologie et des idées liées au spatial computing, au métavers et à la réalité virtuelle (RV) depuis les années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Le terme « métavers », inventé dans Snow Crash de Neal Stephenson, s’est popularisé ces dernières années pour décrire un univers numérique qui s’étendrait sur tous les mondes réels et non réels. Cependant, ce terme a également été associé à la Réalité Virtuelle et s’avère pour certains trop limitatif et étroit. Certaines organisations qui l’utilisaient auparavant ont donc commencé à l’abandonner, tandis que d’autres utilisent des termes alternatifs tels que spatial computing ou « omnivers ». Apple, Facebook, Tencent et Microsoft, entre autres, travaillent au développement de technologies spatialisées pour permettre aux utilisateurs d’interagir avec l’internet en 3D grâce à différents produits et plateformes, englobant la RV, la RA et la RM.


Google paie certains médias écrits pour qu’ils testent une plateforme d’IA générative pré-commercialisation. Dans le cadre de cet accord, il doivent utiliser la suite d’outils pour produire un certain volume de « contenus » pendant 12 mois. En retour, les organes de presse reçoivent une allocation mensuelle d’un montant annuel à cinq chiffres, ainsi que les moyens de produire gratuitement des contenus pertinents pour leur lectorat.

À l’ère de l’IA Sora, quel cinéma? Un producteur hollywoodien a annulé la construction de nouveaux studios en raison des avancées de l’intelligence artificielle, incarnée par Sora, qui pourrait réduire les besoins de tournage pour le cinéma et la télévision. Malgré des questionnements valides, on pourrait tout de même se demander si le producteur en question perçoit vraiment un danger si imminent, ou si l’IA sert ici de bouc émissaire.

◗L’arrondissement de Lachine à Montréal envisage de construire une petite centrale thermique reliée à un vaste réseau souterrain qui alimenterait éventuellement 7800 habitations dans un tout nouveau quartier. Le projet est en gestation depuis neuf ans mais la crise imminente de surplus d’électricité l’a rendu encore plus pertinent. Les études laissent d’ailleurs entrevoir une réduction de la consommation d’électricité allant jusqu’à 50 % dans ce futur quartier.


L’éditorial cette semaine

“The future of search on the web,” selon Midjourney.

La recherche du futur

Écrit par Catherine Mathys le 21 février 2024

Depuis des années, le moteur de recherche Google ou d’autres qui  lui ressemblent ont été notre porte d’entrée pour découvrir des sites web ou du contenu pertinent en ligne. On a du mal à imaginer le monde de la recherche qui ne serait pas dominé par Google. Et pourtant. Comme il y a eu un avant Google, il y aura sûrement un après Google. Et on commence peut-être à avoir une meilleure idée du type d’outils qui nous permettrait de chercher de l’information sur le web sans moteur de recherche. 

Une entreprise de New York qui s’appelle The Browser Company, a récemment lancé un nouveau type d’outil pour obtenir ce qu’on veut quand on va sur le web. Ça s’appelle Arc. Imaginez un hybride entre une plateforme conversationnelle et un engin de recherche. Vous demandez ce que vous voulez et c’est l’outil qui trouve les réponses pertinentes pour vous. 

Dans la nouvelle ère de recherche sur le web, on ne cherche plus, on demande. Depuis les débuts du web, on s’est habitués à trouver tant bien que mal les bons mots qui décrivent ce qu’on cherche et ensuite à trier les résultats dans des listes de liens qui ne finissent plus. Ça fait 30 ans qu’on cherche de l’information de la même manière et ça fait près de 20 ans que Google devance largement tous les autres concurrents.

Et pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. Les premiers outils utilisés plus largement sont arrivés en 1993. La plupart des premiers moteurs de recherche, comme Alta Vista par exemple, fonctionnaient avec des mots-clés indexés dans les pages web et ils procédaient essentiellement à l’appariement des mots-clés recherchés. 

Google est arrivé en 1998. Le moteur n’a pas dominé tout de suite mais la croissance a été rapide. Il arrivait avec plusieurs éléments distinctifs dont une différence de taille. Il s’intéressait à la structure d’hyperliens d’une page. Plus on faisait référence à une page, plus elle faisait autorité sur une question donnée, et donc plus on était susceptible de la retrouver en priorité dans la liste. Ça et aussi bien sûr, la monétisation de la recherche avec les liens commandités. C’est tout de même ironique, parce que jusqu’en 2005, Google s’était opposé à laisser trop de place à la publicité dans ses résultats de recherche. On ne voulait surtout pas biaiser les résultats, disait-on. And the rest is history, comme disent les Anglais. 

Et même si c’est difficile d’imaginer une expérience sur le web sans Google, l’histoire des moteurs de recherche nous indique bien que les géants peuvent avoir des pieds d’argile. Prenez l’exemple de la guerre des fureteurs entre Netscape et Explorer. En 1995, Netscape dominait le marché avec 80% des parts de marché. Pour tenter de gagner des parts de marché, Microsoft qui était derrière Explorer, a signé des ententes exclusives avec des fabricants d’ordinateurs pour pré-installer Explorer sur tous les appareils vendus. L’avance quasi-insurmontable de Netscape a fondu comme neige au soleil. En 2003, c’est Explorer qui détenait 95% des parts de marché des fureteurs. Une grande avance qui sera par la suite remise en question avec Safari, FireFox, Opera et bien sûr Google. 

Alors est-ce que ce sera le “Google Killer”?

La question se pose. Mais plus généralement, la question qui est soulevée est la suivante: avons-nous encore besoin de fureteurs traditionnels dans un monde d’intelligence artificielle? On sait déjà que beaucoup de jeunes de la Génération Z utilisent TikTok ou Instagram comme outil de recherche, plutôt que Google. Le futur de la recherche en ligne est probablement plus conversationnel et social qu’il ne l’a été dans le passé. Par ailleurs, plusieurs autres moteurs de recherche IA, comme Perplexity AI, se font déjà remarquer et indiquent que les assises du passé sont peut-être en voie de changer.  

Cela dit, Google n’a peut-être pas dit son dernier mot. Le projet Google Magi a été lancé plutôt discrètement en mai 2023 en version prototypale limitée à un million d’utilisateurs américains. Ce qu’on en dit ressemble essentiellement à ce qu’on décrit avec Arc. On se situe dans les mêmes eaux avec un outil qui comprend mieux non seulement la requête mais le contexte de la requête. Certaines sources indiquent qu’une équipe de 160 personnes travaillent à temps plein sur Magi. Mais les nouvelles se font rares depuis le printemps 2023.  

Disons que le projet a pris une autre importance quand Google a eu vent des intentions de Samsung de mettre le fureteur Bing par défaut sur tous ses appareils. On sait que la nouvelle version de Bing a commencé à intégrer l’IA sur le mode conversationnel l’an dernier alors Google se devait de réagir pour maintenir son avance. Pour le moment, Samsung a reculé mais la situation de Netscape pourrait se reproduire. Recette éprouvée dont Microsoft a le secret. 

De son côté, Apple aimerait aussi réduire sa dépendance à Google en construisant son propre outil de recherche. Bref, la compétition dans cette nouvelle ère de moteur de recherche risque d’amener de nouveaux joueurs sur la patinoire. Sortez le popcorn!

Note: Réflexion issue d’une chronique sur le même sujet à Moteur de recherche.


L’infolettre de cette semaine

Télescope 17

Écrit par La Société des demains le 21 février 2024

Où nous mènera la réalité virtuelle?

Jaron Lanier est considéré comme l’un des pionniers de la réalité virtuelle. Dans cet article pour le New Yorker, il se remémore l’histoire de cette technologie et présente une vision de ses possibilités ainsi que d’un futur pour celle-ci complètement différent des projets de Meta ou Apple. Que ce soit dans le type d’usage ou la durée des immersions, Lanier propose un angle beaucoup plus humain, basé sur des expériences marquantes et inédites sans pour autant vouloir nous y enfermer le plus longtemps possible pour des raisons d’affaires.

La finale souhaitée par OpenAI

L’auteur se penche sur le procès en violation de droits d’auteur intenté par le New York Times à l’encontre d’OpenAI et estime que cette dernière ne peut pas perdre. Quelle que soit l’issue, ils en sortiront avec un prix qui fera référence sur le marché des données d’entraînement, ce qui pourrait avoir pour effet de dissuader les concurrents. L’IA générative pourrait ainsi se retrouver entre les mains d’un petit nombre de monopoles inattaquables, limitant le développement de l’IA à quelques acteurs fortunés concluant des accords privés avec les éditeurs. Il souligne aussi l’importance des modèles à code source ouvert et de la transparence sur les données.

Et si le Canada misait sur l’énergie solaire?

Superbe article animé sur le site de Radio-Canada, illustrant très bien les différentes statistiques et concepts. D’ici 2050, le Canada doit doubler sa production d’électricité pour atteindre son objectif de carboneutralité. Une étude révèle que l’installation de panneaux solaires sur les toits « viables » pourrait répondre à un quart de la demande totale du pays. Le Canada dispose d’un ensoleillement comparable à celui de pays pionniers comme l’Allemagne et l’Australie, alors que Montréal, Toronto et Regina reçoivent plus d’heures d’ensoleillement que Berlin, Tokyo ou Paris.


◗ À l’intersection du numérique et de l’environnement, nous avons produit pour la plateforme Synergies de SYNTHÈSE une série de trois articles. Les implications écologiques du divertissement numérique ou les coûts cachés de l’Innovation.

Excellent épisode du podcast Spark de Nora Young avec un regard sur le pouvoir imaginatif de la science-fiction dans l’élaboration de visions collectives de l’avenir.

Les fictions dystopiques nous empêchent-elles d’accéder à un avenir meilleur? Alors que nombre de voix s’élèvent contre les visions pessimistes du futur, l’auteur croit qu’au lieu de nous inviter à ne pas craindre l’avenir, il vaudrait peut-être mieux nous persuader que nous y avons notre place, que c’est à nous de le construire.


L’éditorial cette semaine

Image tirée de ‘Dear Alice,’ un film d’animation solarpunk.

Des futurs solarpunks

Écrit par Patrick Tanguay le 7 février 2024

Sans décliner une liste de raisons potentiellement déprimantes, il est facile de comprendre pourquoi tout un chacun tente de comprendre les possibilités du futur et de se projeter dans un futur souhaitable. Parfois il est possible de procéder de façon structurée avec un processus de prospective, alors que d’aucuns rêvent avec un bon roman de science fiction. Quelque part entre ces deux idées se trouve le solarpunk qui n’a commencé ni par une recherche, ni par un livre culte, ni par une esthétique mais par une question, un espace conceptuel. Avec un but, mais sans règles.

Un mouvement de fiction spéculative, d’art, de mode, de technologie et d’activisme qui cherche à répondre à la question et à l’incarner : À quoi ressemblerait une civilisation durable et comment pourrions-nous y parvenir?
Jay Springett, Solarpunk : Un conteneur pour des avenirs plus fertiles

Posée en 2012, cette question a donné naissance à un mouvement «polyphonique » au sein duquel une variété de voix imagine des nouvelles, des vidéos, une esthétique. Le solarpunk est complètement de notre époque par les enjeux qui lui ont donné naissance mais aussi par sa décentralisation et son existence foisonnante sur internet. Adam Flynn, un des premiers commissaires (steward) du mouvement, l’expliquait de cette façon.

Nous avons besoin de ces grands futurs dans de nouvelles directions, vers des projets qui vont au-delà des jouets cool pour les gens riches. Nous essayons de faire du Solarpunk un concept / une esthétique / un mouvement de design fiction / un cadre pour les jeux de rôle parce que nous avons besoin de bannières autour desquelles nous rallier, et il y a du pouvoir dans la formation de sous-cultures autour d’idées fortes.

Le solarpunk est aussi de son temps dans son intention, réussie, d’inclure des voix hors du monde occidental (la première collection de nouvelles a été publiée au Brésil) et en faisant une grande place aux artistes LGBTQIA+. Le solarpunk est donc résolument décolonisé et queer, inclusif dès sa naissance, dans le but d’imaginer des futurs qui le seraient tout autant.

Le solarpunk évolue avec les créations de chacun, imagine des futurs durables, prône le rêve mais veux de vrais réponses, transcende le cynisme, existe de par le monde et sur toutes les plateformes ou les créateurs peuvent se regrouper. Il n’y a pas de centre, uniquement des frontières en mouvement.

Vert, égalitaire, solaire, non-binaire, décroissant, post-capitaliste, non-hiérarchique, multiple, entremêlé, accueillant, plus qu’humain, complexe, ouvert. Le solarpunk se veut donc non pas une, mais une multitude de réponses aux questions anxiogènes d’aujourd’hui. Des futurs durables qui transcendent la dystopie vers laquelle nos fils de nouvelles semblent trop souvent nous diriger.


L’infolettre de cette semaine

Scène de ville solarpunk.

Télescope 16

Écrit par La Société des demains le 7 février 2024

Le changement lent peut être radical

Superbe texte de Rebecca Solnit où elle fait valoir que les changements radicaux se produisent souvent lentement au fil du temps, plutôt que par le biais d’événements soudains et transformateurs. Elle note que les histoires de conversions ou de percées soudaines peuvent être trompeuses, car le changement est souvent le résultat d’étapes progressives, d’engagement et de persévérance. Solnit insiste sur le fait que pour changer les choses, il faut d’abord être capable de les voir et de reconnaître le pouvoir des gens ordinaires et des mouvements de fond. Un peu dans la même veine (oui oui) mais sur un tout autre ton, l’entraîneur des Canadiens, Martin St-Louis, parle quant à lui de « Patience agressive ».

Les esprits sauvages

Outre les questionnements techniques et éthiques, l’émergence de l’IA nous fournit également l’occasion de réfléchir aux différentes formes d’intelligence. C’est le propos de cet excellent article dans le magazine NOEMA, traitant du rôle du langage dans la cognition supérieure, que nous appelons la conscience. Il met en lumière le cas de Victor, rare exemple d’un esprit humain développé sans langage ni société, et montre comment son expérience continue de nourrir les débats sur le rôle du langage dans la conscience. L’article traite ensuite des grands modèles de langage (LLM) et de leur capacité à imiter l’esprit humain, ainsi que de la manière dont leur émergence remet en question notre univers moral actuel.

«La ruée minière au XXIe siècle»: le mensonge de la transition énergétique

La transition énergétique nécessite une quantité importante de métaux, ce qui pose un paradoxe écologique. La journaliste Celia Izoard a enquêté sur les impacts sociaux et environnementaux des nouvelles technologies, notamment sur l’extraction minière. Les gouvernements font la promotion de cette ruée minière en promettant le développement de « mines responsables », mais malgré les certifications, les pratiques durables et les droits des travailleurs ne sont pas respectés. Selon Izoard, il faudrait limiter la consommation de métaux pour préserver l’environnement. Remplacer l’énergie fossile par l’énergie renouvelable c’est remplacer les puits de pétrole par des mines. « Cela n’a pas plus de sens que d’essayer de venir à bout de la toxicomanie remplaçant une addiction par une autre. »

Une nouvelle fracture mondiale se dessine entre les hommes et les femmes. Les visions du monde des jeunes hommes et des jeunes femmes divergent, créant un nouveau fossé mondial entre les sexes. Chez la génération Z, les jeunes femmes se montrent hyper progressistes sur certains sujets, tandis que les jeunes hommes sont étonnamment conservateurs sur d’autres.

À quand des insectes dans les épiceries québécoises ? « Du pain tranché ou des craquelins aux grillons, de la tartinade à l’ail à base de vers de farine et des ténébrions broyés à saupoudrer au petit matin dans son smoothie. Les insectes se frayent un chemin vers les assiettes. Mais plus difficilement au Québec. »

Détournement, droit d’auteur… 5 outils pour embrouiller les IA. La résistance s’organise, Usbek & Rica nous présente quelques outils conçus pour « empoisonner » les modèles d’intelligence artificielle et aider les artistes à protéger leurs œuvres.


L’éditorial cette semaine